La nouvelle saison de l'Opéra de Paris 2013-2014

Publié le par Cathy

La saison prochaine de l'Opéra de Paris a été rendue publique ce matin. Elle avait été divulguée à la presse hier, et c'est maintenant au tour des spectateurs de pouvoir la connaître. Enfin, maintenant, façon de parler, premièrement on connaîtra bientôt la saison suivante le 1er septembre, l'annonce est de plus en plus avancée, deuxièmement les plus grandes lignes étaient déjà connues. La force de l'internet fait que tout le monde twitte la moindre info dès qu'il en a connaissance, donc la divulgation de la nouvelle saison, qui était très attendue par le passé devient une simple formalité liée à l'ouverture de la souscription des abonnements.
Hormis deux spectacles, tous les grands "hits" étaient connus. Alors observons un peu plus ce qui va nous être proposé pour ce qui sera administrativement la dernière saison de Brigitte Lefèvre, la dernière saison artistique devrait être la 2014-2015, même si son successeur Benjamin Millepied prendra son poste en octobre 2014, il n'aurait visiblement pas spécialement son mot à dire pour l'élaboration de sa première saison "administrative" pour laquelle est d'ors et déjà annoncé l'histoire de Manon et les adieux d'Aurélie Dupont sur le rôle principal !
 
Point positif, elle est bien plus attirante que la saison actuelle, mais bon cela n'était pas difficile, tant la saison actuelle était à tout point de vue inintéressante, pas de grands classiques ni de grands néoclassiques. Deux hommages un à Noureev qui semble faire partie du futur bientôt enterré de la compagnie (un seul ballet programmé cette saison, plus un hommage sans intérêt, un seul programmé la saison prochaine) et le second aux 300 ans de l'Ecole de danse avec un gala interne, un gala où l'école invitera les grandes écoles européennes, et son traditionnel spectacle. Le gala interne verra d'ailleurs une création de Pierre Lacotte avec Aurélie Dupont et Matthieu Ganio, on pouvait rêver pire affiche, sans doute la plus belle que l'Opéra peut nous proposer actuellement...
 
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L'année prochaine sera celle de la transition à tout point de vue, déjà Brigitte Lefèvre va enfin céder sa place, mais surtout trois étoiles dont deux des plus emblématiques de la compagnie vont quitter l'Opéra laissant une compagnie bien sinistre, la jeune génération n'ayant hormis Dorothée Gilbert, Mathias Heymann et Matthieu Ganio peu d'intérêt. Agnès Letestu sera la première à faire ses adieux dans la dame aux camélias le 10 octobre prochain. Elle a déjà dit dans des interviews qu'elle reviendrait en artiste invitée. Peut-être fera-t'elle ses débuts dans Esméralda de Notre-Dame de Paris en fin de saison, elle aurait du le danser lors de la dernière reprise du ballet en 2001 mais avait finalement renoncé au rôle pour des raisons hiérarchiques. Pourtant Esmeralda est un rôle qui semble lui aller si bien, elle avait d'ailleurs remporté le concours eurovision 1993 en dansant la variation principale. Agnès Letestu avait été révélée par Rudolf Noureev qui lui avait confié le redoutable rôle de Gamzatti dans la Bayadère alors qu'elle n'était que sujet. Elle avait été nommée en 1997 sur son rôle phare à savoir Odette-Odile. Que dire sur Agnès, ce n'est pas ma danseuse préférée, mais elle est une personnalité attachante et une véritable étoile, une de ces danseuses au talent évident ! Elle continuera à danser mais elle pourra aussi se consacrer entièrement à sa passion de décoratrice, elle a signé les costumes de plusieurs spectacles de danse dont les Enfants du Paradis de José Martinez.
 
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Autre étoile emblématique à faire ses adieux dans une soirée dédiée, Nicolas Le Riche, lui aussi a été remarqué par Noureev qui lui a confié Mercutio mais aussi Roméo dans son Roméo et Juliette. D'ailleurs quand il abordé le rôle de Mercutio, nombreux étaient ceux qui pensaient qu'il serait nommé immédiatement, comme par le passé Laurent Hilaire ou Manuel Legris, mais bon ce n'était plus Noureev qui était à la tête de l'Opéra, il n'était venu qu'en chorégraphe et Patrick Dupond son successeur avait attendu 1993 pour le nommer aux côtés de Fanny Gaïda et Carole Arbo sur Giselle. Cette triple nomination était  très médiatique car elle s'était déroulée à Nimes lors d'une tournée française de la compagnie et était cousue de fils blancs, tout le monde savait ce qui allait se passer ce soir-là des semaines avant la date. Nicolas Le Riche fut d'abord le technicien brillant, le danseur tout fou qu'on adore acclamer avant de se consacrer à des ballets plus intellectuels et de s'adonner lui-même à la chorégraphie avec notamment Caligula. Le danseur avait été pressenti pour succéder à Brigitte Lefèvre. Là encore une grande étoile va tirer sa révérence ! Il fera ses adieux lors d'une soirée spéciale le 9 juillet 2014, visiblement pas un ballet unique, mais une soirée hommage (espérons que l'intellectuel de la troupe saura faire une soirée plus agréable que les adieux intelli-chiants de Jean Guizerix son illustre ainé).
 
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Une troisième étoile moins connue, mais tout aussi fascinante va aussi quitter l'Opéra à savoir Isabelle Ciaravola, si le Cranko trust ne l'avait choisie pour créer à l'Opéra de Paris Tatiana dans son Onéguine, Isabelle aurait sans doute terminé sa carrière première danseuse, mais elle a pourtant une personnalité unique digne des grandes étoiles artistiques de la maison. Sa technique n'est pas infaillible et elle est très fragile, malheureusement sa courte carrière d'étoile aura été marquée par de nombreuses blessures. Elle n'aura pas pu reprendre Nikiya dans la Bayadère où elle avait été une des plus belles interprètes du rôle qu'il m'ait été permis d'applaudir. Elle fera ses adieux sur le rôle qui vit sa consécration à savoir Tatiana dans Oneguine de John Cranko, espérons que son partenaire de l'époque Hervé Moreau sera suffisamment solide pour lui offrir la réplique car c'est sans doute un des plus beaux partenariats de l'Opéra. Espérons aussi qu'elle puisse revenir, même si elle n'est qu'une "petite" étoile dans la galaxie parisienne, même si dans mon coeur, elle a une place plus importante (je ne crois pas que je l'aurais nommée étoile, mais quelle danseuse, quel physique).
 
La saison suivante verra les adieux de la plus grande étoile actuelle de l'Opéra de Paris à savoir Aurélie Dupont, mais j'y reviendrai le temps venu.
 
Bref pour revenir à la saison prochaine, elle commencera le 21 septrembre par une nouvelle reprise de la Dame aux Camélias de John Neumeier, nous verrons sans doute une fois encore les mêmes interprètes dans les rôles principaux, sans doute Ludmila Pagliero et Dorothée Gilbert feront-elles leurs débuts dans le rôle principal. Sans doute Josua Hoffalt devrait aborder le rôle de Des Grieux. Et naturellement les adieux d'Agnès Letestu sur ce rôle qu'elle adore; mais où elle est trop grande pour rendre justice totalement à la chorégraphie périlleuse des pas de deux (14 représentations jusqu'au 10 octobre).
 
 
La soirée suivante est typique de l'ère Lefèvre reprise d'oeuvres contemporaines créées sous son règne avec la reprise de Glacial Decoy de Trisha Brown, ballet dans le silence et sur fond de photos (notamment celle d'une très jolie vache ou d'un wagon) de Philip Rauschenberg ! Il y aura aussi la reprise du pompeux Doux mensonges de Kylian, ce Kylian intellectuel que je n'apprécie pas contrairement au jeune Kylian, qui succèdera à Manuel Legris, Fanny Gaïda ou Delphine Moussin, seul Nicolas Le Riche fait encore partie de la compagnie et enfin une création de Saburo Teshigawara intitulée Darkness in riding Black Horse à qui on doit l'ennuyeux Air. (11 représentations du 21 octobre au 4 novembre).
 
 
Comme toujours Noël verra une double programmation à Garnier et Bastille. Cette dernière verra le retour après dix ans d'absence de la Belle au bois dormant qui permettra sans doute aux jeunes espoirs de la compagnie de montrer leur talent, les anciennes étoiles ne voulant plus danser ce style de rôle, quoiqu'Aurélie Dupont qui est une des plus belles Aurore qui soit, pourrait reprendre son rôle, vu qu'elle danse lors de l'hommage à Noureev le fameux Adage à la rose, mais Dorothée Gilbert manque d'ampleur pour ce morceau, Myriam Ould Braham devrait sans doute faire son retour après son congé maternité sur le rôle (ras le bol de ces danseuses qui préfèrent leur vie de famille à leur art, où est l'abnégation des anciennes étoiles), j'ai du mal à imaginer Ludmila Pagliero dans le rôle, tout comme Emilie Cozette... Côté garçon, nous aurons toujours les mêmes princes enfin sans doute Mathias Heymann et Josua Hoffalt feront-t'il leurs débuts dans le rôle tout comme nous reverrons sans doute Matthieu Ganio dans un de ses premiers rôles d'étoile (23 représentations dont celle du 31 décembre).
 
 
Parallèlement Garnier verra une nouvelle reprise d'une des plus belles créations réalisées pour la compagnie à savoir Le Parc d'Angelin Preljocaj. On peut supposer que les étoiles absentes de la Belle seront sur le Parc comme Isabelle Ciaravola, Laetitia Pujol, Aurélie Dupont devra choisir entre les deux... Karl Paquette sera-t'il sur les deux ballets ou uniquement sur le Parc. Bref cette illustration de la carte du tendre sur fond de musique de Mozart reste quand même une des oeuvres les plus emblématiques de l'ère Lefèvre, même si sa création a été faite à l'époque de Patrick Dupond. Je me demande s'ils arriveront à faire le plein sur autant de dates, même si ce ballet faire plus figure de classique que de contemporain maintenant. (22 represéntations dont celle du 31 décembre).
 
 
La saison se poursuivra avec la traditionnelle visite du Bolchoï qui vient dans la capitale régulièrement depuis quelques années. Mais un seul ballet au programme avec les illusions perdues d'Alexei Ratmansky ancien directeur de la troupe  moscovite, chorégraphe émérite qui aurait pu aussi succéder à Lefèvre. Curieusement ici pas de grand déballage de technique classique, au moins les danseurs français pourront critiquer à niveau égal tant leurs collègues semblent insurpassables au point de vue technique pure. Ici nous sommes dans l'adaptation du roman de Balzac, donc un hommage qui semble tout à fait légitime.  La course aux places va encore être dure, l'aura de la troupe surpassant le répertoire proposé. (6 représentations du 4 au 10 janvier 2014).
 
 
Ce sera une petite trève, vu que la troupe ne réapparaîtra sur scène que le 3 février pour la deuxième reprise d'Onéguine depuis son entrée au répertoire. Là encore les distributions ne devraient pas ménager de surprises, avec sans doute encore Aurélie Dupont, Dorothée Gilbert, Karl Paquette, Hervé Moreau. Peut-être Josua Hoffalt fera-t'il ses débuts dans le rôle titre ainsi que Stéphane Bullion que j'imagine tellement dans le rôle, Laetitia Pujol et Ludmila Pagliero aborderont peut-être Tatiana, j'ai du mal à imaginer Myriam Ould Braham dans le rôle principal. Naturellement ce seront aussi les adieux d'Isabelle Ciaravola (13 représentations jusqu'au 5 mars).
 
 
La soirée suivante sera sans doute une des plus intéressantes soirées données à l'Opéra depuis des années avec la reprise tant attendue de Fall River Legend (Agnès de Mille) couplée à l'entrée au répertoire de Mademoiselle Julie dont la chorégraphie est signée Birgitt Cullberg qui n'est autre que la mère de Mats Ek. Brigitte Lefèvre a décidé de rendre hommage aux oeuvres fortes créées ou entrées au répertoire sous Patrick Dupond, après la reprise du Parc, Fall River Legend n'avait pas été donné depuis 1997 (il faisait partie d'une soirée mixte où étaient programmés Suite en Blanc et Rhapsody d'Ashton). Je verrai bien Aurélie Dupont en Lizzie Borden meurtrière de ses parents, pourquoi pas Laetitia Pujol (même si j'ai peur qu'elle en fasse des tonnes) ou encore Dorothée Gilbert sans oublier Marie-Agnès Gillot. Pour Mademoiselle Julie, il faut que je revoie le ballet pour me faire une idée de distributions (15 représentations du 21 février au 13 mars).
 
 
Trois soirées seront consacrées aux jeunes danseurs de la compagnie. Créée sous Noureev, cette manifestation fut d'abord annuelle avant de n'être plus programmée que tous les deux ou trois ans. C'est dommage car une telle soirée pourrait avoir lieu chaque saison (même si certains danseurs étaient programmés sur plusieurs saisons). Le programme n'est pas communiqué, mais ce sont souvent des pas de deux du répertoire plus ou moins brillants qui sont proposés (trois représentations les 18, 19 et 22 mars).
 
Une soirée qui devrait faire plaisir à Benjamin Millepied continuera la saison avec une nouvelle reprise d'Orphée et Eurydice de Pina Bausch, il a avoué son projet de mêler souvent lyrique et danse. Là encore nous ne devrions pas avoir de surprise dans la distribution de ce ballet, Marie-Agnès Gillot, Alice Renavand, Stéphane Bullion devraient reprendre leurs rôles... Mais bon une nième reprise de cet opéra-ballet se justifiait-elle, je ne crois pas hormis pour permettre à certains d'atteindre leur quota de spectacles (14 représentations du 3 au 21 mai).
 
 
La soirée suivante sera aussi à marquer d'une pierre blanche, car elle verra la nouvelle chorégraphie du futur directeur de la danse Benjamin Millepied, il réalisera sa propre version de Daphnis et Chloé sur la célèbre musique de Ravel. Le ballet sera couplé à une reprise de Palais de Cristal de George Balanchine qui fera son grand retour sur la scène de l'Opéra de Paris. Ce ballet créé pour la compagnie parisienne en 1947 avait été plusieurs fois repris avant de céder sa place en 2003 à Symphony in C, version américaine de l'ouvrage mais assez différent du point de vue chorégraphique et surtout dans le choix des des tutus blancs qui ne rendent pas hommage à l'harmonie de joyaux souhaitée par Mister B. Comme pour Jewels du même Mister B, les costumes seront dus à Christian Lacroix qui depuis des années collaborent aux spectacles chorégraphiques en tant que costumier. On peut supposer que toutes les étoiles valides seront sur la soirée (14 représentations du 10 mai au 8 juin).
 
 
Ces mêmes étoiles devraient aussi être sur la soirée suivante qui verra une nouvelle reprise de Dances at a gathering de Jerome Robbins couplé à la reprise de Psyché d'Alexei Ratmansky. Je suppose que lorsque nous avons récupéré les droits du Robbins, il y a deux ans, nous les avons obtenus pour une série très rapprochée de reprise. Comme Palais de Cristal, Dances at a gathering avait été un des fleurons de la compagnie dans les années 90. La dernière reprise n'avait pas laissé beaucoup de chance à cette oeuvre intimiste d'être appréciée - il faut adorer la danse pour apprécier à sa juste valeur ce ballet - en étant couplée à Appartement de Mats Ek, oeuvre plus contemporaine et sans doute d'abord plus facile (12 représentations du 19 juin au 7 juillet).
 
 
Le dernier spectacle de la saison sera la reprise de Notre-Dame de Paris. Créé pour l'Opéra de Paris sur une musique de Maurice Jarre, le ballet n'a pas été dansé depuis 2000. Les distributions devraient être assez intéressantes, car quasiment toutes les étoiles qui avaient dansé lors de la dernière reprise le ballet ont quitté la compagnie, hormis Marie-Agnès Gillot, Karl Paquette, Hervé Moreau ou encore Benjamin Pech. Outre Nicolas Le Riche qui reprendra un de ses touts premiers rôles je verrai bien Jérémie Bélingard s'emparer du rôle de Quasimodo tout comme Karl Paquette. Côté danseuses, Aurélie Dupont sera-t'elle de la partie, elle n'a jamais dansé Esmeralda alors qu'elle aurait pu le faire, Isabelle Ciaravola reviendra-t'elle pour danser ce ballet, je l'imagine tellement dans le rôle principal. (11 représentations à Bastille du 30 juin au 16 juillet).
 
 
A noter que la soirée d'adieux de Nicolas Le Riche se déroulera le 9 juillet non pas à Bastille mais à Garnier.
L'ecole de danse pour son traditionnel spectacle reprendra Concerto en Ré de Claude Bessy, Scaramouche de José Martinez, Yondering de John Neumeier et Napoli d'Auguste Bournonville (du 5 au 10 avril 2014).
 
Donc que dire de cette saison, l'Opéra tourne résolument la page Noureev, un seul de ses ballets à savoir la Belle au bois dormant est programmé, le classique semble désormais faire partie du passé de la compagnie qui privilégie les grandes oeuvres néoclassiques qu'adorent toutes les étoiles actuelles de la compagnie... La saison est assez équilibrée avec soirées mixtes et comme diraient les anglo-saxons full lenght ballets et bien plus réjouissante que cette saison. Maintenant espérons que la saison tiendra toutes ses promesses sur scène, et que les danseurs ne seront pas blessés à tour de bras. En espérant ne pas avoir qu'une distribution Cozette/Paquette sur la Belle et voir de nouvelles et légitimes étoiles éclore... Comme par hasard Lefèvre veut qu'on garde d'elle une image positive avec cette saison qui rassemble beaucoup des doléances des spectateurs habitués.
 
Et en guise d'hommage
Le grand pas classique, par Agnès Letestu et José Martinez
 
 
Nicolas Le Riche dans Notre-Dame de Paris
 
 
Isabelle Ciaravola et Manuele Legris dans Les Mirages (Serge Lifar)
    
La nouvelle saison de l'Opéra de Paris 2013-2014

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