Les aventures de Tintin : Le secret de la Licorne - Steven Spielberg 2011

Publié le par Cathy


Il y a des films où dès le générique, vous ne sauriez vraiment dire pourquoi, vous savez qu'ils vont vous plaire inexorablement, vous savez que vous émettrez peut-être quelques réserves, mais que  vous sortirez conquis de ce film. Et les aventures de Tintin appartiennent à ce genre.

 

Dès les premières notes et les premiers découpages du générique, vous entrez dans un monde de Bande dessinée avec les phylactères, les onomatopées si spécifiques du genre, un générique en 2D traditionnel qui contraste avec ce qui va suivre. Il y a aussi cette musique de John Williams qui rythme tout cela. Puis vous vous retrouvez sur une petite place qui bien que belge (bah oui Tintin est belge) vous évoque on ne sait pourquoi la place du Tertre. Sans doute est-ce parce que nous avons affaire à un dessinateur qui croque un passant. Il apparaît et vous voyez Hergé et Tintin tel qu'il est dans la BD. Le jeune homme que l'on voyait de dos depuis le début se tourne et nous sommes plongés dans l'univers du Motion Capture.

 

 

Je ne sais pas pourquoi j'ai toujours été réfractaire à ce procédé, bien qu'adorant les films d'animation, j'étais aussi réfractaire aux premiers Pixar avant d'adorer "comme tout le monde", je faisais sans doute mon allergie au numérique. Bref il aura fallu le génie de Spielberg pour me conquérir avec ce film.

Pour ceux qui n'ont jamais lu le secret de la Licorne, il est le onzième album des aventures de Tintin et se découpe en deux albums, le secret de la Licorne et le trésor de Rackham le rouge.

Au départ, l'univers de Tintin revu par le réalisateur américain semble très fidèle à la BD. On retrouve la licorne, Zakharine, Loiseau, le vendeur... Et Milou enfin Snowy avec son côté coquin, est particulièrement fidèle à la BD. D'ailleurs on retrouve toutes ses qualités mais aussi ses défauts qui n'apparaissent pas forcément dans cet épisode-là de la BD.

 

 

Le film plonge bien vite dans le film d'aventures, mais la BD n'est-elle pas elle-même une aventure sans temps mort. La BD ne peut pas se permettre de réel temps mort. Chaque case fait avancer l'intrigue, l'histoire et on imagine les mouvements qui vont avec, les contre-champs, les espaces. D'un coup d'un seul on se retrouve dans l'appartement de Tintin avec le fameux siamois ennemi de Milou. Tout cela semble bien fidèle au secret de la Licorne, sauf qu'il y manque l'ingrédient principal le Capitaine Haddock et son fameux ancêtre Francois de Haddoque. Alors Spielberg mêle adroitement "Le Crabe aux pinces d'or" à cet épisode. On y rencontre Haddock l'alcoolique diminué, prisonnier de son bateau, Allan le traître. On retrouve les scènes cultes de cet épisode de la BD, le feu sur le radeau, la traversée du désert.   

 

Spielberg se permet de trahir la ligne des épisodes en faisant apparaître la Castafiore dont  le  fameux contre ut a le pouvoir de briser les vitres. Curieusement ce Tintin ne la connaît pas alors qu'il fait sa connaissance en Syldavie et que cette aventure est évoquée dans les coupures de presse épinglées dans son appartement. Il y a aussi le  personnage de Zakharine qui devient ici aussi noir que Rastapopoulos l'ennemi juré de Tintin alors qu'il n'est qu'un personnage totalement secondaire dans l'univers de la BD.

 

 

Spielberg marque de son empreinte l'histoire en faisant apparaître un faucon dressé à voler les papiers, une bataille de grues mécaniques, bref il transforme la BD en une aventure impossible à retranscrire en dessin. Le film est totalement virtuose dans l'enchainement des scènes, dans les plans, dans le côté naturel du à la motion capture, les personnages animés contrairement à l'animation traditionnel ont de véritables acteurs munis de capteurs et cela permet de transposer leur fludité humaine sur l'écran. Il y a aussi ces effets extraordinaires comme l'apparition de l'histoire de la Licorne sur ce sable se transformant en mer déchainée, il y a ce reflet de Zakharine qui apparaît dans une bouteille, effet qu'on n'a pas l'habitude de voir dans les simples films d'animation. Car ici on a une aventure d'un Tintin devenu quelque part Indiana Jones, la musique de la grande scène de Bagghar évoque irresistiblement les Aventuriers, de même que la grande poursuite en Side car. à travers la ville.

 

 

Côté dessin, sans doute en a-t'il voulu ainsi.Tintin qui est le plus fade dans la BD devient ici au contraire le plus humain possible alors que Haddock ou les Dupondt sont plus caricaturaux, reprenant les traits de la BD de même que Nestor ou Filossel, le fameux pickpocket. Seul Zakharine évite aussi ce côté caricatural. Le film devient donc virtuose dans tout son final et cette grande course poursuite. Finalement malgré ses petites entorses aux aventures pures, Spielberg réussit son pari en créant un Tintin du 21ème siècle tout en restant ancré dans cette esthétique du passé. Seul petit bemol, pourquoi au lieu du célèbre "Air des bijoux" de Faust, la Castafiore entonne-t'elle "Je veux vivre" du Roméo et Juliette du même Gounod, les suraigüs existant dans les deux arias, on se demande pourquoi ce choix. On devine à travers le dessin l'apport de Jamie Bell au héros belge, de même que celui de Daniel Craig à Zakharine, par contre cela est moins frappant dans les autres personnages.

 

 

 

 

 En tout cas le secret de la Licorne est une réussite totale, un film d'animation mais aussi un film d'aventures et surtout une oeuvre intégrale de Spielberg ! Un très bon film !

 

Publié dans Cinéma

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